Ermitage Saint-Bruno

Des ermites en mission !

 Voici l’étonnante rencontre des Baladins de l’Évangile et des Ermites de St Bruno.

La mission sur les routes des Baladins nous emmène à rencontrer de nombreuses communautés religieuses, groupes et fraternités. Aujourd’hui nous restons sur la paroisse de Parisot pour rencontrer les ermites de St Bruno.

 

P. Jean Michel, merci de nous accorder ce temps, pourriez-vous vous présenter en quelques lignes ?

Je suis originaire d’un petit village au nord de l’Hérault. Le curé du village venait parfois faire une visite à l’école tenue par des religieuses. Un jour, posant sa main sur ma tête il m’a demandé ce que je ferai quand je serai grand. Je devais alors avoir 4 ou 5 ans . Je lui ai répondu sans la moindre hésitation « moi je serai curé ! ». Je suis allé au petit séminaire à Montpellier. Vers l’âge de 16 ans un ami m’a parlé de la vie des moines chartreux. Je n’en avais jamais entendu parler mais cela résonnait profondément en moi, si bien que l’année suivante, je suis allé faire une retraite à la Grande Chartreuse et j’ai décidé d’y rentrer. On m’a demandé de passer d’abord le baccalauréat puis de faire le service militaire, et ensuite je pourrai envisager de rentrer. Mais après le baccalauréat j’ai traversé plusieurs années de
« grandes perturbations atmosphériques ». A l’âge de 25 ans le Seigneur m’a tiré par les cheveux et j’ai vécu cette magnifique expérience de la conversion, un vrai chemin de Damas. Je voulais aussitôt entrer en Chartreuse mais le prêtre qui m’accompagnait sur ce chemin de conversion m’a conseillé de faire d’abord une retraite à l’abbaye de Lérins. J’y suis allé et finalement j’y suis resté 10 ans. Les 2 dernières années j’avais été envoyé comme aumônier d’une communauté de cisterciennes, et là je vivais dans un ermitage à quelques centaines de mètres du monastère. C’est là que j’ai eu connaissance de l’Ermitage Saint Bruno ; j’ai pris contact, suis venu faire une retraite et ce fut clair dans mon cœur « c’est ici que le Seigneur m’attend ». Je suis ici depuis plus de 30 ans maintenant.

 

Votre vie est complètement consacrée à la prière pour le monde et ses habitants. Voilà l’appel particulier que le Seigneur vous a adressé. Vous quittez très rarement votre ermitage, alors que nous sommes beaucoup sur les routes… Vous vivez en silence, et nous sommes dans le monde du spectacle, vous vous levez très tôt, nous nous couchons vraiment tard… bref, tout paraît nous opposer, pourtant une chose nous unit : la prière.

Comment parleriez-vous de ce lien spirituel : pouvez-vous le décrire ?

Il est difficile de décrire un lien spirituel. Je dirai simplement que nos 2 vocations/missions sont complémentaires. Dans l’Évangile nous voyons souvent Jésus se retirer dans des endroits déserts, à l’écart, bien avant le lever du jour, et prier son Père ; ensuite dans la journée il va enseigner, il va guérir les malades, écouter les souffrances des uns et des autres, il va surtout dire combien chacun est infiniment aimé par le Père. Il y a la mission de la prière et la mission de l’annonce ; l’une ne va pas sans l’autre.

 

En juin dernier, vous nous avez ouvert les portes de votre chapelle et nous sommes venus avec les Baladins, Au cours de la messe, nous avons assisté avec foi à la demande du sacrement des malades par le P. Patrice.

Les plus jeunes d’entre nous étaient là. Curieux, et très touchés de ce temps de communion.

Aujourd’hui P. Patrice repose auprès de Dieu, après 70 ans de profession religieuse. Il a souvent prié pour notre mission et nous a même donné des conseils. Un homme d’une grande sagesse qui a touché Faustine, elle nous écrit : "C’était une très belle rencontre. Je n’avais jamais rencontré d’ermite auparavant , c’était donc une belle expérience. C’était très enrichissant et intéressant de connaître leur façon de vivre et surtout complètement inhabituel. En tout cas, je retiens un accueil très chaleureux de leur part !" 

Une fois par an, nous nous retrouvons pour partager un temps de prière autour de l’eucharistie et un temps fraternel autour d’une table. Comment vivez-vous ces temps où nous venons chez vous, nous parlons de nos spectacles, nos tournées, des jeunes que nous croisons, des JMJ, des rassemblements de notre église … tout ce qui paraît aux yeux humains si loin de votre ermitage ?

Oui, à un regard humain cela peut paraître à des années lumière de distance, et pourtant c’est la même mission. C’est le même Esprit qui pousse certains au désert pour porter le monde dans la prière, et qui en pousse d’autres sur les routes pour annoncer la Bonne Nouvelle de l’Amour de Dieu. Et les informations concrètes sur la vie des Baladins viennent nourrir notre prière. C’est tout ce vécu des uns et des autres qui est rassemblé dans la célébration de l’Eucharistie, et offert au Père.

 

Finalement nous pouvons dire que vous êtes en mission permanente. Vous portez le monde par votre prière : vous considérez vous comme missionnaire ?

Oui, nous sommes missionnaires ! Et ce n’est pas moi qui le dis mais c’est l’Église ! Petite Thérèse patronne des missions, alors qu’elle n’a jamais quitté son Carmel ! On ne vient pas au désert pour sortir de la mêlée et travailler à son salut, on vient au désert poussé pas l’Esprit afin de vivre pour la gloire de Dieu et le salut du monde.

 

Merci P. Jean Michel de ce temps accordé.

Avez-vous une dernière chose à dire aux personnes qui vont lire ce texte ?

Même au désert nous restons tous des pauvres, des pauvres qui ne vivent que de la Miséricorde de Dieu. Mais notre mission à tous, quel que soit notre état de vie, c’est de répandre l’amour. Répandre l’amour là où l’on est, de toutes les manières possibles ; alors, malgré notre pauvreté, nous devenons signes du Royaume qui vient.

 

Que Ste Thérèse de Lisieux, Carmélite et patronne universelle des Mission veille sur nous !